LE SENS DU PARTAGE

LE SENS DU PARTAGE

Les enfants de 3 à 4 ans se sont montrés très peu sensibles à autrui. Dans le test «pro-social» comme dans le test «de l’envie», ils ont été pratiquement aussi nombreux à choisir l’une et l’autre des deux options proposées. Comme s’ils avaient tiré, sans opinion et sans préférence, leur réponse à pile ou face. Dans la troisième expérience, ils se sont en revanche clairement prononcés, toujours dans le même sens: seuls 8,7% d’entre eux ont choisi de partager.

Les bambins de 5 à 6 ans ont affiché une attitude comparable. S’ils ont été sensiblement plus nombreux (22%) à accepter le partage dans le troisième test, ils y sont restés tout aussi indifférents dans les deux premiers.

Mais tout a changé au sein de la classe d’âge supérieure. Dans le troisième test, les garçons et les filles de 7 à 8 ans ont été 45% à vouloir partager la mise. Nul doute que leurs premiers pas hors du cocon familial ont été pour quelque chose dans cette soudaine attention aux autres et cette subite prise en compte de règles à respecter. Mais il reste à identifier le moteur de leurs décisions. La générosité? Pas vraiment. Dans les deux autres tests, ces mêmes enfants se prononcent à une écrasante majorité de 78% et 80% en faveur de l’option 1:1. Soit contre la préférence de 1:0 qu’ils auraient pu s’octroyer dans la première expérience mais aussi contre la préférence de (1:2) qu’ils auraient pu accorder dans la seconde.

L’expérience n’a pas été menée de manière idéale, regrettent, toujours dans la revue Nature, deux anthropologues de l’Institut Max Planck de Leipzig, Michael Tomasello et Felix Warneken**. Leur principal grief: les tests ne reproduisent pas convenablement les conditions de la vie réelle. Dans l’existence, les bambins interagissent presque toujours avec leurs camarades lorsqu’ils font ce genre de choix. Là, ils se sont retrouvés seuls de leur âge et, qui plus est, en présence d’un adulte inquisiteur.

Il n’empêche: les travaux d’Ernst Fehr et de son équipe sont suffisamment sérieux pour être pris en considération. Or, leurs résultats sont très intéressants. Que disent-ils? Que l’enfant – l’homme – traverse d’abord une période d’indifférence. Et qu’ensuite, lorsqu’il se met à s’intéresser au sort d’autrui, c’est essentiellement pour le comparer au sien. Ce qu’il veut, ce n’est pas le meilleur pour ses pairs, c’est l’égalité entre eux et lui.

Les études du même genre menées chez certains primates, les chimpanzés notamment, ont débouché sur des résultats très différents. Nos «cousins» se focalisent uniquement sur la nourriture qu’ils peuvent acquérir et montrent une parfaite indifférence à celle dont disposent leurs congénères. Alors, serait-il là, le propre de l’homme? Dans la prise en compte, pour le meilleur ou pour le pire, du sort d’autrui?